Emma Clocet

« En ce moment, Papa Céléron grogne tout le temps. Il grogne tellement qu’il a arrêté de ranger la maison. » De fines aquarelles le montrent bien : des chaussettes dépareillées et trouées sont accrochées à un fil dans la salle de séjour, un rideau pendouille et des reliefs de repas trainent sur la table. Ce n’est pas mieux dans le jardin où râteau, brouette et vélo sont en désordre.

Ce sont de gros soucis que Papa Céléron doit avoir, car il a même arrêté de rire, de sourire. Papa est représenté sous forme d’un gros ours raide et grave. Sa fille, la petite Lu, a bien elle aussi du désordre dans sa chambre, mais le sien est plein de vie, de dessins et de fleurs. Comme ce n’est pas très drôle à la maison, elle se tourne vers les petits animaux des alentours ; elle les soigne et leur installe des nids dans un abri de jardin que possède son père.

Papa la voit s’affairer et se demande ce qu’elle peut bien fabriquer dans son local. Il la surprend en pleine activité et une grande colère lui monte et déborde : « C’EST QUOI CE BAZAR, ICI ?! » Affolement général, les bestioles s’éparpillent, la fillette va abriter son incompréhension dans sa chambre.

Ennui grave, deuil, l’album ne dira pas ce qui est arrivé à papa. Il dit seulement une colère injuste qui peut submerger un adulte en souffrance. Son grand intérêt réside dans la manière dont se fait la prise de conscience, la voix d’une petite souris qui fustige le bazar qu’il a dans la tête et la réaction du parent qui accepte d’avoir eu tort.

Car « désormais, on entend beaucoup plus de rires que de grognements par ici. De temps en temps, le bazar montre le bout de son nez, mais heureusement, il ne reste jamais bien longtemps ».