Louise Drul
En pleine page de couverture de l’album deux personnes sont aux commandes de multiples écrans. Dans le ciel devant elles passent des objets non identifiés. Où se trouvent-elles donc ?
Bien éloigné de cet envol cosmique, le texte démarre de manière terre-à-terre : « Solly était en train de cuisiner quand sa maman l’appela depuis le jardin ». Un gâteau dégoulinant, quelques épluchures qui trainent, une cuisine normale en somme ; seuls quelques rails suspendus surprennent dans le décor. Le lecteur découvre ensuite la maison de Solly et sa mère, posée au bord de la rivière, étonnante superposition de plusieurs unités dont la plus haute s’appelle le poste de pilotage. Les jalons sont habilement plantés pour rendre curieux de la vie des deux héroïnes.
Très habile pêcheuse, Véra, la maman, a toujours subvenu à leurs besoins. Mais voilà que des usines à poisson se sont installées en amont de la vallée et capturent tout à leur profit, obligeant les villageois à s’exiler. C’est alors le début d’un voyage passionnant pour le lecteur qui lui montre des demeures d’une grande inventivité, circulant sur un labyrinthe de câbles aériens. Solly est au pilotage, sa mère entretenant le feu pour faire tourner le moteur avec de vieux t-shirts usagés. Mais d’innombrables difficultés freinent les maisons de toutes formes qui empruntent les rails aériens pour gagner un nord interdit.
Les péripéties tiennent en haleine, dans un mélange de science-fiction et d’un peu de magie pour faire bon compte. Quelle joie partagée par le lecteur lorsqu’aura pu être traversé Le Grand Échangeur dans cette migration réussie vers un monde meilleur !